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20 avril 2026
Private Equity : ce qui change, et ce que cela implique
Trois dynamiques redessinent l’industrie. Lecture et implications pour les investisseurs exposés au non coté.
Pendant plus de quatre décennies, le private equity a prospéré dans un environnement de taux bas, de liquidités abondantes et de multiples en expansion. Cet environnement appartient désormais au passé. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas un ajustement conjoncturel : c’est une recomposition structurelle du secteur — dans sa géographie, sa concentration et ses outils de gestion. Pour les investisseurs qui savent lire ces transformations, le moment est précisément celui où la sélectivité prime sur l’exposition.
I. Le marché français : une profondeur réelle, une ambition continentale
Le marché français s’impose comme le premier marché de private equity d’Europe continentale — à la fois par la taille des acteurs et par la qualité du tissu entrepreneurial qu’il finance, acculturé au private equity. Là où les fonds anglo-saxons privilégient massivement le software, les gérants français déploient leur capital dans des secteurs plus larges : industrie, santé, technologie B2B, services essentiels. Cette diversification sectorielle est un axe d’attractivité durable.
La performance de long terme des gérants français est supérieure à la moyenne européenne. L’explication tient à leur modèle : moins dépendants de l’effet de levier, ils consacrent davantage d’efforts à la création de valeur opérationnelle dans les entreprises accompagnées.
Leur limite reste la taille. La barre des 10 milliards d’euros sous gestion représente le seuil à partir duquel les grands fonds de pension internationaux peuvent investir des tickets significatifs sans contrainte d’emprise. Peu de gérants français l’atteignent. C’est pourquoi les plus ambitieux se sont lancés dans un mouvement d’européanisation — Francfort, Milan, Madrid, Amsterdam — qui répond autant à une logique commerciale qu’à un projet sociétal : le private equity doit accompagner la reconstitution de la souveraineté industrielle, technologique et énergétique européenne. C’est là une conviction que nous partageons.
II. Consolidation et concentration : la fin de la diversification systématique
Le retournement de cycle initié par la remontée des taux directeurs a exposé une fragilité structurelle du secteur : des valorisations largement dépendantes d’un coût du capital faible et d’une expansion mécanique des multiples. Lorsque ces deux moteurs se sont éteints simultanément, les valorisations des sociétés en portefeuille se sont ajustées — créant un décalage entre vendeurs et acquéreurs qui a bloqué la liquidité du marché.
Les distributions ont atteint un point bas, en pourcentage de la valeur nette d’actif, depuis 2010. Le ratio distributions sur appels de fonds est devenu négatif. Les investisseurs institutionnels ont réagi non en se retirant du private equity, mais en rationalisant leurs allocations : des tickets plus concentrés, déployés dans les meilleurs fonds, plutôt qu’une diversification extensive. Ce flight to qualitya eu un effet de concentration saisissant — les dix plus grands gérants mondiaux ont capté 46 % de la collecte en 2025.
Cette concentration a ensuite alimenté un mouvement de consolidation que nous observons sous plusieurs formes : des fonds qui prennent des participations dans des sociétés de gestion, de grandes plateformes qui absorbent des acteurs spécialisés, des gérants qui s’intègrent dans des compagnies d’assurance. Le nombre de ces transactions a été multiplié par trois depuis 2023. L’objectif est double : amortir les coûts de structure et internaliser des expertises tant différenciantes que nécessaires — intelligence artificielle, données, ingénierie financière, connaissance sectorielle approfondie.
III. Le marché secondaire : d’un outil d’urgence à un instrument de gestion active
La compression de la liquidité n’est pas restée sans réponse industrielle. Le private equity a développé et sophistiqué ses outils de gestion de portefeuille, en faisant du marché secondaire un levier central — non plus seulement comme mécanisme de sortie pour des investisseurs en recherche de liquidité, mais comme instrument de gestion active à part entière.
Les opérations dites LP-led — où un investisseur cède son portefeuille à un gérant secondaire avec une décote pour récupérer des liquidités — ont connu une première vague de croissance. Mais c’est la montée en puissance des opérations GP-led qui constitue la transformation la plus significative. Ces opérations permettent à un gérant de générer de la liquidité pour ses investisseurs tout en conservant une participation dans des actifs qu’il juge à fort potentiel. Elles prennent différentes formes — single asset continuation vehicle, strip sale, add-on financing, equity roll over — mais partagent une logique commune : l’entrée se fait à des conditions préférentielles, et le gérant est généralement contraint de réinvestir son carried interest pour garantir l’alignement d’intérêts.
Ces opérations GP-led ont été multipliées par cinq en dix ans. Elles représentent aujourd’hui plus de 20 % des sorties auprès d’un fonds de private equity. Ce n’est plus un outil de crise : c’est une discipline de gestion.
Notre point de vue
Le private equity a atteint 10.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion dans le monde. À cette échelle, il est corrélé aux cycles macroéconomiques et géopolitiques de manière structurelle. Les mutations que nous décrivons ne sont pas des turbulences passagères — elles redessinent durablement qui gère, comment, et pour qui.
Notre conviction : dans cet environnement, la sélectivité n’est pas une posture défensive. C’est la condition première de la performance. Identifier les gérants qui ont construit une véritable capacité de création de valeur opérationnelle — et non ceux qui ont simplement bénéficié du contexte de la décennie passée — demande une lecture fine et une présence constante dans l’écosystème.
C’est précisément ce que nous faisons, au travers de notre approche multi-actifs et de nos fonds dédiés, pour les clients de Côme Maison Financière.
Les données citées dans cette note sont issues de sources sectorielles de référence. Elles constituent des éléments d’analyse et non des prévisions. Cet article ne constitue pas un conseil en investissements.